Une histoire simple
Les interviews
Romy Schneider
(dans le rôle de Marie) *
Romy Schneider à propos de Claude Sautet: "Il ne triche jamais" - Le Nouvel Observateur du 27-11-1978
Claude Sautet et moi vivons une histoire d'amour professionnelle, ce qui est très rare. Nous avons une confiance réciproque totale et nous nous demandons de plus en plus, depuis "Les Choses de la vie". Quelque chose de très fort se passe en silence: des moments où nos regards se croisent, où je sais ce qu'il veut et le lui donne. J'ai tourné avec de très grands metteurs en scène (Welles, Visconti, Losey ...) mais la confiance et les choses de la vie qu'on partage, c'est avec lui qu'elles sont les plus profondes. Je voudrais être metteur en scène pour le diriger, l'observer - il est sûrement un grand comédien. Il est passionné par ce métier jusqu'à être totalement épuisé; mais nous nous voyons, bien sûr, en dehors du travail. Pendant un tournage, il a dit: "La réalité ne m'intéresse pas. Je fais un film." Il avait été blessé et il répondait avec violence. J'aime la violence de Claude Sautet, ses émotions, sa générosité. Il ne triche pas. Je voudrais qu'on ne se perde pas, film ou pas film. Je voudrais que l'amitié reste pareille, qu'il ne change pas et moi non plus. Il m'a enlevé des peurs, des frustrations, et il m'a appris des choses de la vie, des choses sur moi-même. Après "Mado", il m'a dit: "Je tournerai avec toi quand tu auras quarante ans." Quand j'en aurai cinquante et, s'il me veut, complètement ravagée, j'irai. C'est une déclaration d'amour...
Claude Sautet
(le metteur en scène) *
Claude Sautet à propos de Romy Schneider: "Elle est la synthèse de toutes les femmes" - Le Nouvel Observateur du 27-11-1978
Romy a, dans la vie quotidienne, quelque chose qui en exclut, d'emblée, toute trace de vulgarité, qui le transcende et qui, instantanément, l'enoblit. Dans "Une histoire simple", qu'elle soit simplement assise devant une planche à dessin, qu'elle procède à un essayage de robe avec sa mère, qu'elle oppose aux supplications brouillonne de son ami le calme d'un "oui" ou d'un "non", ou encore qu'elle apprenne, par le coup de téléphone d'une amie, une excellente nouvelle comme cela nous arrive tous les jours, Romy n'est plus simplement une femme et pas non plus une actrice, mais la synthèse de toutes les femmes. Leur chant profond qui donne un autre sens, plus plein, à leur vie. Grâce à ses propres mots, ses moindres formulations. Et avec, charme supplémentaire, ce merveilleux décalage dû au fait qu'elle s'exprime dans une langue qui n'est pas la sienne. Romy Schneider, qui est à la fois l'émotion et la tonicité, la panique et la plénitude, c'est avant tout la force. Une force particulière: elle a une sorte de soif morale, de soif de propreté morale qui irradie d'elle-même et qui la rend absolue. Si bien que, lorsque après le tournage d'une scène difficile, elle s'est sentie un peu au-dessous, elle éprouve automatiquement un dégoût profond d'elle-même, qui n'a évidemment rien à voir avec le jugement des autres sur le plateau. Romy, c'est une exigence. Et ce cordon ombilical de la passion toujours tendu entre elle et moi m'oblige moi-même à l'exigence. Avec Romy, je ne suis jamais libre, et c'est parfait comme ça. Cette exigence se traduit de façon curieuse. Soit elle veille sur moi, m'obligeant à acheter un cache-col ou une casquette, soit elle me bombarde de mots, de bouts de papiers et de lettres. Elle le faisait déjà lors de nos précédents tournages mais pendant "Une histoire simple", c'était inouï. Un matin, elle me glissait une page de Freud soigneusement recopiée; un autre jour, c'était un extrait du "Refuge et la Source" de Jean Daniel. Ces lectures, faites en cours de tournages et qui nourissent sa vie autant que son personnage, aboutissent au même désir, toujours: soyons des gens biens, prenons exemple, soyons à la hauteur. Ce qu'apporte Romy ne relève pas de la direction d'acteurs. Jean Renoir dit que choisir un acteur, c'est déjà de la direction d 'acteurs. Le reste est affaire de discipline. Moi qui ne suis pas un cinéaste de mots et d'explications mais plutôt d'émotions, je suis avant tout sensible à la musique. Et pour moi, Romy, c'est Mozart.
Claude Sautet (le metteur en scène) *
Depuis longtemps j'avais le désir de redonner un rôle principal à Romy dans un de mes films. La rédaction - en collaboration avec Jean-Loup Dabadie - du scénario d' "Une histoire simple" aura été l'art et la manière de combler cette lacune. Nous avons oeuvré plus d'un an sur ce scénario dont le point de départ est une idée simple - qui lui a tout naturellement valu son titre - une femme se sépare de l'homme qu'elle aime, ou qu'elle croit aimer, que va-t-il advenir d'elle ? Dans tous les films que j'ai réalisé jusqu'à ce jour, la femme est, chaque fois, vue objectivement par le regard de l'homme. J'ai cherché cette fois à renverser les rôles sans prétendre ainsi tracer un portrait exemplaire de la femme. J'ai voulu montrer un caractère - en grande partie inspiré de celui de Romy Schneider - qui mettrait en valeur cette raideur, cette pruderie, qui m'ont toujours frappées chez elle, cette sorte d'orgueil dans le quotidien, cette dignité qu'elle manifeste d'une manière si personnelle. Tout ce qu'elle exprime vient du tréfond de son être. Emotion, tenacité, panique et sérénité, toutes ces émotions sont d'abord une manifestation de cette force qui est en elle. Elle possède en outre, une forme d'honnêteté qui l'auréole et lui confère une totale indépendance. Je tenais absolument à tourner avec Romy. Le fait que cette femme soit beaucoup plus jolie à quarante ans qu'à vingt ans est une réalité biologique. Après avoir mené une existence riche de changements, elle a atteint une maturaité qui la rend plus attrayante, encore, que par le passé. Jamais je n'ai imaginé quelqu'un d'autre qu'elle dans ce rôle ... La réalité de nos relations est une conaissance profonde fondée sur une inclination mutuelle. Je la connais très bien, elle m'accorde une confiance totale. Ce qui la conduit à jouer, involontairement, le rôle d'inspiratrice.
* (source: livre Romy Schneider images de ma vie, de Renate Seydel)