Une Star, Une Histoire:
Romy Schneider, les drames de sa vie
Emission/ chaîne: 50 min Inside / TF1
Date de diffusion: 24 décembre 2016
Durée: 12 min 33 sec
Pays: France
Description: Romy Schneider, l’une des actrices préférées des Français, une femme libre dont la vie ressemble à un film. Princesse ingénue sous les traits de Sissi, femme sensuelle et glamour dans "La Piscine" aux côtés d'Alain Delon. Romy Schneider: une actrice sublime, consumée par ses rôles, une femme fragile et attachante, dont la vie fut jalonnée de drames.
Intervenants:
Catherine Schwaab: rédactrice en chef Paris Match
Bernard Pascuito: biographe
Guillaume Evin: biographe
Alain Terzian: producteur
Alain Page: écrivain et scénariste de "La Piscine"
Jean-Pierre Lavoignat: biographe
Louis Bozon: ami de Marlene Dietrich
Retranscription:
Romy Schneider: "Qu'on me laisse enfin tranquille. Si on sait, vous savez, ce que certains soit disant photographes sont capable de faire - je pense que le public a le droit de le savoir - qu'on se déguise en infirmier pour photographier un enfant mort, qu'il y a une certaine presse qui achète et qui publie à la "une" comme on dit, ou est la morale, ou est le tact ?"
Voix Off: Nous sommes le 10 avril 1982, dans l'émission Champs Elysées présentée par Michel Drucker. Le public découvre une Romy Schneider digne, mais en colère, qui s'exprime pour la première fois, dix mois après la disparition tragique de son fils David.
Catherine Schwaab: "Elle était détruite, et elle souhaitait qu'on lui foute la paix."
Jean-Pierre Lavoignat: "Elle a l'impression d'être totalement traquée et de ne pas s'appartenir même dans les drames les plus intimes."
Voix off: Un cri de détresse, le deuil impossible d'une mère pour son fils mort seulement à 14 ans. La tragédie de trop, qui scelle le destin de l'actrice, une femme épuisée qui disparaîtra un mois plus tard. Romy Schneider, une vie émaillée de drames pour celle qui a connu l'une des plus belles carrières du cinéma.
Voix off: Quatorze ans plus tôt, ce 12 août 1968 à l'aéroport de Nice, les journalistes attendent Romy Schneider. Après son début de carrière triomphal avec Sissi, et la traversée du désert qui s'ensuit, à bientôt 30 ans, elle décide de reprendre en main son destin, et de faire son grand retour au cinéma.
Catherine Schwaab: Romy Schneider était en Allemagne, elle s'occupait de son fils et se morfondait un peu dans son pays.
Bernard Pascuito: Son mari de l'époque, l'acteur et metteur en scène allemand Harry Meyen, va refuser qu'elle tourne.
Guillaume Evin: Elle est un petit peu dans une prison dorée. C'est à dire qu'elle est "la femme de", ça ne lui suffit pas, elle aspire à retrouver la gloire, le frisson du tournage. Voilà, c'est une actrice en manque.
Voix off: Un retour sous les projecteurs mais surtout des retrouvailles avec Alain Delon. Dix ans plus tôt, c'est elle qui l'avait choisi comme partenaire alors qu'il était encore qu'un inconnu. Ils s'étaient aimés pendant cinq ans, avant qu'il ne la quitte. Et ironie de l'histoire, dix ans après leur rencontre, les rôles se sont inversés.
Alain Terzian: Alain est la star absolue du marché français, et Romy ne tournait plus beaucoup. Initialement, ils avaient pensé, ils avaient discuté avec Faye Dunaway, avec je crois Monica Vitti. Puis un jour Alain est arrivé, il avait dit voilà, en fait les conversations c'est bien, mais on va arrêter les conversations, ma partenaire sera Romy et personne d'autres sinon il n'y aura pas de film.
Journaliste: Vous êtes heureuse de retrouver Alain Delon ?
Romy: Très.
Journaliste: Très ! Alain Delon, vous m'avez dit tout à l'heure que vous étiez ému, vous aussi ?
Alain Delon: Oui... C'est normal, vous ne trouvez pas ?
Journaliste: Oui, bien sûr.
Alain Delon: Vous êtes vous-même ému en tenant ce micro.
Voix Off: Des retrouvailles pour un tournage, celui d'un film mythique, La Piscine.
Bernard Pascuito: Il y a toute l'ambiance du film avec cette alchimie entre Romy et Alain. Ces scènes torrides.
Catherine Schwaab: C'est un film très sensuel qui nous a donné l'impression qu'entre eux, rien ne s'était jamais étient.
Alain Page: Il y a une espèce de contact physique, électrique, qui ne peut être apporté qu'avec des gens qui ont une intimité autre que celle qu'apporte les personnages.
Voix Off: Grâce à ce film, le public découvre une nouvelle image de Romy Schneider.
Catherine Schwaab: On était resté sur Romy Schneider en Sissi, les choucroutes, les robes à crinolines et à cerceaux, et voilà qu'elle joue dans un film moderne.
Bernard Pascuito: Tout le monde la voit pour la première fois dans un rôle de femme.
Jean-Pierre Lavoignat: C'est de ce moment là qu'une nouvelle page va s'ouvrir dans sa carrière et sans doute la plus belle, et en tout cas, celle qui fait que Romy Schneider est Romy Schneider encore aujourd'hui.
Voix Off: Ce film fait de Romy Schneider l'actrice préférée des français. S'ouvre alors une période faste: bouleversante Clara, l'épouse assassinée de Philippe Noiret du "Vieux Fusil"; actrice fétiche de Claude Sautet dans "César et Rosalie" ou "Max et les ferrailleurs"; actrice perdue dans "L'important c'est d'aimer". C'est d'ailleurs avec ce film qu'elle reçoit le César de la meilleure actrice en 1976. La consécration à 37 ans.
Romy Schneider: "Je suis très heureuse et très fière. Et j'ai envie de vous dire que je pense spécialement à un homme ce soir, qui m'a appris mon métier, qui était mon maître et mon très grand ami, il sera content pour moi, c'est Luchino Visconti. Merci."
Voix Off: Ce soir là, Romy Schneider semble épanouie. Pourtant derrière ce bonheur se cache une femme torturée.
Bernard Pascuito: Il faut savoir, il y a une joie formidable et puis en même temps, elle a ce César pour un film "L'important c'est d'aimer" qui a été une horreur, une abomination à tourner.
Catherine Schwaab: On la voit prostrée, cloîtrée dans sa loge, il faut souvent aller la chercher pour qu'elle vienne sur le plateau.
Jean-Pierre Lavoignat: Ses propres doutes, ses propres interrogations la rongent de plus en plus. Et on se demande si le cinéma pour elle est une sorte soit d'exutoire, soit d'exorcisme de ses propres angoisses, de ses propres doutes, de ses propres tristesses, de ses propres chagrins, ou au contraire, si il les alimente.
Voix Off: Une fragilité accentuée par un drame personnel: en 1979, son ancien mari, Harry Meyen, le père de fils David, se suicide.
Bernard Pascuito: Après le suicide affreux de Harry Meyen qui s'est pendu, la presse allemande va se déchaîner en la rendant responsable de la mort d'Harry Meyen.
Guillaume Evin: On veut lui faire payer d'avoir laissé cet homme, de l'avoir livré à ses turpitudes. Romy va aussi être durement touchée, elle en voudra à son pays d'origine de la traquer.
Voix Off: Une blessure ouverte pour l'actrice qui, malgré sa douleur, continue de tourner. Elle tente aussi de reconstruire sa vie, avec son secrétaire particulier Daniel Biasini, avec qui elle a eu une fille, la petite Sarah. Mais c'est un nouvel échec. En 1980, le couple se sépare.
Bernard Pascuito: Sa vie est vraiment comme un film avec son lot de romantisme, de tragédie, de passion. Cela en fait un être de chair et de sang comme ne le sont pas d'autres stars.
Voix Off: Pour surmonter cette nouvelle épreuve, Romy Schneider s'évade dans des paradis artificiels que lui fait parvenir son amie et ancienne étoile du cinéma mondial Marlène Dietrich, par le biais du célèbre animateur de radio Louis Bozon.
Louis Bozon: Marlene me demandait des milliers de choses. Et puis un jour, elle me dit "j'aimerai bien que vous alliez porter ça à Romy". C'était un paquet. Je portais ce paquet comme on pouvait porter des livres. Et c'était toujours Romy qui me recevait. C'était un livre qui était creusé par Marlène et dans ces livres, elle avait mis des amphétamines, des somnifères. C'est comme ça que j'ai su qu'elle était quelqu'un d'incontestablement malheureux.
Voix Off: Et le pire est devant elle. Alors que l'actrice est déjà fragile, à 42 ans, elle doit affronter la mort tragique de son fils David, un enfant qu'elle adorait.
Catherine Schwaab: C'est un lien fusionnel, elle est folle de son fils, elle dit que c'est l'homme de sa vie, et vraiment, elle l'adorait, elle le gâtait, il était là sur les tournages souvent, et elle a véritablement vécu une passion pour son fils.
Voix Off: Le 5 juillet 1981, sa vie bascule. Ce jour là, David passe le week-end chez ses grands-parents à Saint Germain en Laye.
Bernard Pascuito: David était sorti, comme il le faisait évidemment régulièrement comme tous les jours, pour aller jouer au foot avec des copains et puis quand il revient à la propriété, le portail est fermé.
Catherine Schwaab: Il veut entrer dans la propriété et pour ne pas utiliser la sonnerie ou alerter ses grands-parents qui peut être font la sieste, il veut essayer de pénétrer dans la propriété en passant par dessus la barrière.
Guillaume Evin: Comme tous les jeunes de son âge, il est imprudent, il est insouciant. I escalade la grille.
Jean-Pierre Lavoignat: Et je ne sais pas ce qu'il se passe, son pied glisse et il s'empale sur la grille.
Catherine Schwaab: Romy Schneider court, vole à l'hôpital en apprenant que son fils a eu un accident et c'est à l'hôpital qu'elle apprend qu'il a succombé à sa blessure.
Voix Off: Et à l'horreur du drame va s'ajouter l'indécence. La traque incessante des paparazzis en quête du cliché sensationnel de la mère éplorée.
Catherine Schwaab: La presse entière se saisit de l'événement. On voulait lire sur son visage la souffrance.
Bernard Pascuito: L'enterrement de David, cela a donné lieu à des débordements inexcusables et inqualifiables.
Voix Off: C'est le sens même de l'existence de Romy Schneider qui disparaît. Pour ne pas sombrer, elle s'accroche à un projet de film vital, commencé avant le drame: "La Passante du Sans-Souci".
Jean-Pierre Lavoignat: C'est Romy Schneider elle-même qui va pousser pour que le film se fasse. Comme si le film était une sorte de bouée de sauvetage.
Bernard Pascuito: Il faut absolument qu'elle tourne ce film sinon elle va mourir.
Voix Off: Seulement, au lieu de l'aider à faire son deuil, ce film ne fait que lui rappeler la mort de David.
Catherine Schwaab: Sur ce tournage, elle doit jouer en face d'un gamin qui doit jouer du violon. Le gamin a l'âge qu'aurait eu David et l'équipe technique entière est tétanisée à l'idée de devoir tourner cette scène qui va lui rappeler forcément son fils.
Bernard Pascuito: Le petit garçon se lève, prend le violon, commence à jouer et il y a le regard de la mère de fierté, émue, le regard se voile avec des larmes tellement elle est émue. Cette scène a été épouvantable à tourner parce que Romy n'y arrivait pas. Elle éclatait en sanglots et la maquillage partait, il fallait tout refaire et tout reprendre jusqu'au moment où elle s'est écriée: "Life ist Scheiße", "La vie c'est de la merde".
Voix Off: Romy Schneider se retrouvera très éprouvée du tournage de "La Passante du Sans Souci". Pourtant, lors de ce qui sera sa dernière interview, elle donne l'illusion d'aller mieux.
Romy Schneider: "Je crois que je vais m'arrêter à l'âge ou au moment juste, quand je le décide. Je ne voudrais pas faire jusqu'à 80 ans ce métier. Ce métier que j'aime beaucoup, mais non ! Je voudrais être une mémé un jour à la campagne avec mes fruits, mes arbres et ma fille et vivre !"
Guillaume Evin: La vie reprend le dessus l'espace de quelques instants. Elle se remet à avoir des projets, on parle d'un nouveau film, peut être même avec Alain Delon.
Jean-Pierre Lavoignat: Après toute cette période quand même très agitée, et compliquée et tout ça, il y avait quand même une sorte d'apparente sérénité.
Voix Off: Mais le 29 mai 1982, au petit matin, moins d'un an après la mort de son fils, Romy Schneider est retrouvée inanimée à son domicile.
Jean-Pierre Lavoignat: Son coeur s'est arrêté, épuisé de trop de souffrance, de trop de chagrin, de trop d'excès.
Catherine Schwaab: Elle a expiré, fatiguée de vivre, tout simplement.
Voix Off: Ce jour là, Romy Schneider a succombé aux drames de sa vie mais elle reste pour les français, une actrice de légende.
- video-
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