Reportage et interview diffusé au Journal Télévisé de 20h en France le 16 avril 1971 pour la sortie du film Max et les Ferrailleurs. Entretien de Romy avec la journaliste France Roche.
France Roche: Vous avez plutôt joué des personnages, jusqu'à maintenant, enfin, je ne parle pas des "Sissi", des jeunes filles roses, enfin, vous avez joué des personnages de femmes, d'un certain milieu...
Romy Schneider: De bon genre !
France Roche: De bon genre, voilà. Eh bien maintenant, vous êtes passés au mauvais genre.
Romy Schneider: Il était temps !
France Roche: Alors, comment vous vous êtes dit "je vais jouer une dame de mauvais genre" ?
Romy Schneider: Oh, j'avais très envie, très, très envie ! Malgré que je savais qu'il y avait plein de monde qui vont dire hum... la petite chérie ne pourra jamais jouer ça.
France Roche: Vous êtes un personnage qui est assez loin justement de la petite demoiselle qui fait partie d'une bande de voyous de Nanterre et qui leur donne l'idée...
Romy Schneider: Mais c'est ça qui est formidable aussi ! C'est ça qui est le plus excitant. Plus c'est loin de nous même, plus cela nous excite, les acteurs, de le faire !
France Roche: Vous avez tourné dans des endroits à Paris, où on rencontre un certain nombre de dames qui ne sont pas particulièrement de bonnes moeurs.
Romy Schneider: En face du trottoir où nous avons tourné, il y avait des vrais; et puis pendant qu'on tournait, on les entendait et quelquefois, elles parlaient avec le deuxième assistant et qui disaient: "Ohh pfff, ils font cirque et là, elle ne se fera pas 100 000 balles ce soir ou pas 1 000 balles en parlant de moi et puis, elle fait trop boire, et puis, elle ne racole pas assez, des choses comme ça, c'était très drôle.
France Roche: Dans le film, on s'aperçoit qu'il y a autre chose qu'une histoire de hold up.
Romy Schneider: C'est devenu vraiment une histoire d'amour, très étrange, qui touche profondément, beaucoup plus qu'une histoire d'amour... je ne sais pas... "love story".
Romy Schneider: Vous pouvez dire que Max est un personnage d'un dingue, c'est pathologique, c'est un malade, c'est une ordure, mais je l'aime ! Oui, elle aime ce qu'il est.
France Roche: Dans le fameux questionnaire de Proust, il y a deux questions. Une qui est: quel est le comble du malheur pour vous ?
Romy Schneider: C'est la maladie...(silence) et la guerre.... (silence)... la mort.
France Roche: Et quel est le comble du bonheur ?
Romy Schneider: (long silence)... d'aimer, complètement ! Toute une vie.
France Roche: Vous croyez qu'on y arrive ?
Romy Schneider: Ah!... Je vous ai dit ce qu'est le comble. Peut être qu'on y arrive ! Oui, je crois, qu'on y arrive ! Avec des petites pauses... pour renouveller.
France Roche: Aimer toute une vie par la même personne, alors ?
Romy Schneider: Mais oui, bien sûr. Si en plus, il y a du succès, dans un travail, ça, c'est encore plus !
* * * * *
France Roche: Etes-vous plus à l'aise dans les rôles de personnages moins recommandables ?
Romy Schneider: Plus à l'aise, je ne dirai pas ça; ce qui m'attire le plus, ce que, comme j'ai déjà dit une fois, "le plus loin possible de moi-même"; les gentils, les bourgeois, je les ai déjà assez joué ! Donc, le contraire m'intéresse plus.
France Roche: Quand vous vous voyez sur l'écran, vous vous dîtes "Romy Schneider, c'est une bonne actrice, c'est une jolie femme, ça ne me plaît pas, elle m'énerve, elle est belle, elle est laide", qu'est ce que vous vous dîtes ?
Romy Schneider: Oh oui, il y a de tout ça, mais pfff... enfin, je suis un peu photogénique, bon d'accord, mais ça n'est pas "plus" important que ça je trouve, à notre époque.
France Roche: Pourquoi "plus" ?
Romy Schneider: Non, je trouve qu'à notre époque, ce n'est plus tellement important d'être photogénique. Heureusement ! Ou (ni même) d'être belle.
France Roche: Ce qui n'est pas désagréable quand même ?
Romy Schneider: Non, non !
France Roche: Est-ce que vous êtes quand même une anxieuse, une nerveuse dans la vie ?
Romy Schneider: Oh oui, oui, oui !
France Roche: Quelle est la chose qui vous calme, la chose qui vous fait du bien ?
Romy Schneider: Ah non, chez moi, d'être chez moi ! Avec David et mon mari. Je suis absolument là, tout à fait changée. Je ne suis pas une anxieuse, ni une peureuse, pas du tout, c'est autre chose, c'est la seule chose. Ou être seule quelque part, je ne sais pas.
France Roche: En fait, moi, je crois que vous avez besoin d'être sûre d'être aimée.
Romy Schneider: Qui ne l'est pas ?!
France Roche: En effet, qui ne l'est pas.
Romy Schneider: Voilà, pas seulement nous, les bonnes femmes; eux aussi.
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