Le 22 mars 1959, les fiançailles de Romy Schneideret d' Alain Delon sont célébrées dans la villa de la mère de Romy à Vico-Morcote, dans le canton de Ticino, au bord du lac Luganoen Suisse. Devant la presse conviée, le jeune couple fait bonne figure et joue le jeu, car ces fiançailles 'officielles' sont surtout arrangées et organisées par Magda Schneider et son mari Hans Herbert Blatzheim, respectivement la mère et le beau-père de Romy. Wolfgang Dieter Albach, le frère de Romy, est aussi présent. Photographes présents: Georges Ménager
En famille
- Dans le salon -
> Hans Herbert Blatzheim, Romy, Alain, Magda et Wolfy:
- Sur la balancelle -
- Dans le jardin -
>Romy et son frère Wolfgang Dieter
Romy raconte:"Au mois de mars 1959, je retrouvai ma mère et mon beau père dans notre villa de Morcote, près de Lugano. Manifestement, Hans Herbert Blatzheim (nb: son beau père) s'était accomodé de ma liaison avec Alain. En revanche, si rien de pouvait modifier les faits, la forme, elle, nécessitait une mise au point. Ainsi, avait-il décidé de mettre en scène des "Fiançailles". Dès mon arrivée à Lugano, il m'en informa: "Demain auront lieu vos fiançailles, j'ai averti la presse, Alain sera présent aussi." Aujourd'hui encore, je n'ai pas réussi à trouver quels arguments Daddy a pu employer pour convaincre Alain de se prêter à cette farce. Pour quelle raison ce français anti-bourgeois acceptait-il de participer à cette comédie burlesque ? Je croyais si bien le connaître que, jusqu'à la dernière minute de l'heure prévue pour son arrivée ce 22 mars 1959, je doutai de le voir paraître. Il arriva pourtant et nous célébrâmes les fiançailles; la famille présenta une image unie à l'objectif des photographes, chacun prononça quelques paroles immortelles. Telle maman par exemple, qui dit: "De mariage, il n'est provisoirement pas question. Les petits doivent d'abord faire plus ample connaissance.". "Les petits" se connaissaient déjà fort bien. (...) De mariage, il n'était pas question. Cela ne nous semblait important ni à lui, ni à moi. Une formalité, sans plus. Il était mon époux, j'étais sa femme, nous n'avions besoin d'aucun papier"
Le 18 mai 1957, Romy Schneider, sa mère Magda Schneider et Karlheinz Bohm défilent sur le tapis rouge du festival de Cannes où l'équipe est venue présenter le film "Sissi Impératrice", en compétition au festival. Ils passent ensuite la soirée à une réception où Romy retrouve Curd Jurgens.
- Arrivée de Magda, Karlheinz et Romy -
>Photographies deGilbert Tourte
- Dans la salle de projection -
>Photographie deGilbert Tourte
>Photographies deClaude Azoulay
- Magda, Karlheinz et Romy
- Mylène Demongeot, Marina Vlady, Robert Hossein, Romy, Magda et Karlheinz
Le 20 mars 1959, au Film Ball du carnaval de Munich. Parmi les convives:Grete Weiser, Claus Biederstädt, Winnie Markus, Hans Richter, Dr. Wiers, Hans Söhnker, Mylène Demongeot et le jeune couple Romy Schneider et Alain Delon
Petite séance de sport et des pointes de danseuse pour Romy Schneider et Claus Biederstaedt, dans la piscine de la maison familiale de Mariengrund, à Berchtesgaden, au milieu des montagnes bavaroises en 1954, à l'époque du tournage du film Feu d'Artifice.
- Romy et son chien Seppl -
- Repas en famille: Claus, Romy, Hans Herbert, Magda et Wolfy -
Le 17 mars 1957, Romy Schneider est nommée dans la catégorie "meilleure actrice" aux « Bambi » (l'équivalent de nos Césars en Allemagne) récompensant le cinéma de l'année 1956, pour son rôle dans "Sissi". Elle est accompagnée de son fiancé Horst Buchholz(prix du meilleur acteur pour "Ciel sans étoiles"). . C'est l'actrice Maria Schell qui reçoit le prix pour son rôle dans le film "Gervaise". . Parmi les personnalités présentes et lauréats, y figurent l'actrice italienne Gina Lolobrigida (prix de la meilleure actrice internationale pour "La Belle des Belles") et l'acteur Jean Marais (prix du meilleur acteur international pour "Traqués dans la nuit").
- La cérémonie -
> Romy avec Helmut Kautner
> Sur scène: de gauche à droite: Franca Parisi, Ivan Desny, Horst Buchholz, Maria Schell, Gina Lolobrigida, Jean Marais, Romy Schneider, Ruth Leuwerik, Lil Dagover, Willy Fritsch, Liselotte Pulver
- Gina Lolobrigida, Horst Buchholz et Maria Schell -
Le 5 mai 1959, Romy Schneider, accompagnée de sa mère Magda Schneider, participent au festival de Cannes , pour présenter le film "Eva ou les carnets secrets d'une jeune fille" en compétition.
Romy Schneider est nommée dans la catégorie "Meilleure Actrice" aux César de 1980 pour son rôle dansClair de Femme. C'est Miou Miou qui remporte le prix pour son rôle dans La Dérobade. La cérémonie se déroule le 2 février 1980 à la salle Pleyel à Paris.
>Dans les coulisses et dans la salle: - Romy avec son mari Daniel Biasini
- Romy avec Daniel Biasini et Yves Montand
- Romy avec Annie Girardot
- Romy félicite Roman Polanski (il a reçu deux César: "Meilleur réalisateur" et "Meilleur film" pour Tess).
>Sur scène, remise du prix: - Romy avec Jean Marais, Claude Berri et Nastassja Kinski (elle est nommée dans la catégorie "Meilleure Actrice" pour le film Tess).
> photographies de Michel De Rouville
- Daniel Biasini, Romy et Yves Montand
- Romy et Yves Montand
- Daniel Biasini, Annie Girardot et Romy
> photographie de Francis Apesteguy
> captures
> extrait video
Sur scène, après avoir remis un César, Romy tient par la main Jean Marais et prend la parole pour pousser un petit coup de gueule contre les acteurs et actrices nommés et pourtant absents de la soirée: "Excusez-moi... je me permets de vous ... de dire quelque chose ... je n'ai pas demandé la permission là dans les coulisses ni à personne, mais je voudrai dire que je trouve que ça n'est pas très correct ni très gentil, et c'est un manque de respect en face de notre métier, quand on est nominé, même quand on ne l'est pas, de ne pas venir". Romy visait directement l'actrice Miou Miou qui était absente, et qui avait remportée le prix de la Meilleure Actrice, catégorie dans laquelle Romy était aussi nommée.
Le mariage de Romy Schneider et Daniel Biasini fut célébré à l'Hôtel Gehrhus, Brahmstrasse, Berlin Ouest le 18 décembre 1975
photos de Thomas Hoepker
La cérémonie a lieu dans le jardin d'hiver du Grunewald-Hôtel de Berlin. Pour éviter les curieux qui les attendaient а la mairie, le couple se marie dans un salon de l'hôtel Gerhus. Le fonctionnaire municipal s'appelle Gustave Ude, de Schmargendorf. Les témoins sont l'amie de Romy, Christiane Höllger et son avoué Gerd-Joachim Roos. La cérémonie n'a duré que 10 minutes (de 14h25 à 14h35). L'assentiment de chacun des deux époux a été donné dans la langue maternelle du futur conjoint: Daniel a prononcé "Ja" et Romy "Oui". Parmi les invités, se trouvaient le metteur en scène Claude Sautet, les parents Biasini, le coiffeur Alexandre (-qui avait réalisé la coiffure à bouclettes de la mariée). Romy portait une longue robe, décorée de fleurs, d'inspiration romantique, conçue et réalisée par une "Boutique" parisienne; et une couronne de fleurs sauvages dans les cheveux. A 17h20, le couple s'envole pour Paris où aura lieu la véritable noce. Romy est enceinte de 5 mois, elle a 38 ans et Daniel 28 ans.
> Romy et le coiffeur Alexandre
> photographies de Claude Azoulay
- Romy et le coiffeur Alexandre
> photographies de Alain Dejean
> photographies de Michel Artault Romy et Daniel à leur arrivée à Roissy.
Menu du repas de noces: Consommé crème de tomates Smetana Toast Melba au beurre, servis avec un Kanzemer, Altenberg 1974 Médaillons de veau Princesse avec un Château de Sales 1970 Ananas frais "Schlosshotel Gehrhus" avec Champagne Dom Perignon pâtisseries avec moka et alcools au choix
Le coiffeur Alexandre explique: Romy avait selectionné une robe de mariée d'inspiration romantique, je suis allé cherché mes idées parmi les images de l'époque du cinéma muet: bouclettes éparpillées et couronne de fleurs champêtres descendant bas sur le front. Les fleurs de marguerites, violettes, roses, sont en soie. J'ai fait la première coiffure de Romy pour le tournage du film "Christine" il y a 16 ans. Depuis ce jour, je n'ai plus cessé de créer ses coiffures. Je pense que c'est par amour qu'elle l'a fait ... un geste d'amour, sans aucun doute. Quand on vit avec quelqu'un que l'on aime vraiment, il vaut mieux se marier ... c'est également plus convenable.
Le repas de noces a donc eut lieu le soir du 18 décembre en France à Paris, à l' Orangerie, le restaurant de Jean-Claude Brialy, le fidèle ami de Romy, situé sur l' île Saint-Louis. Au nombre des 35 convives, il y avait Magda Schneider (la mère de Romy) et son époux Klaus Fehlhaber, le fils de Romy David, le metteur en scène fétiche de Romy Claude Sautet, les acteurs Helmut Berger et Jean-Claude Brialy: tous signèrent le livre d'or.
Au Menu: Salade de haricots verts aux foies d'oies frais. Côte de boeuf. Plateau de fromages. Sorbets et Champagne.
photos de Giancarlo Botti
Romy à propos de Daniel: Quand je tombe amoureuse d'un homme, je ne commence pas par lui demander sa carte d'identité. Daniel aurait-il eu cinquante ans, que je l'aurais épousé de la même manière. Je suis follement amoureuse de mon mari Daniel Biasini. Personne ne m'a jamais aimée autant que lui. Je suis sa vraie raison de vivre. Il se préoccupe également de mon travail, il a le sens des affaires et il aime l'aventure.
C'est lors d'une soirée froide et pluvieuse, le 12 décembre 1976, que Romy Schneider accorde une interview à la journaliste féministe Alice Schwartzer, qui souhaite lui consacrer un article pour le premier numéro du magazine féminin qu'elle lance en Allemagne: Emma(cf couverture du magazine ci-contre: première édition parue en février 1977). L'entretien se déroule dans l'appartement d'Alice, à Cologne, en Allemagne; il va durer toute la soirée jusqu'au début de la nuit. Les conversations sont enregistrées sur bandes magnétophone et Alice laisse Romy s'exprimer librement, qui parle majoritairement en français. La journaliste coupe parfois l'enregistrement à la demande de Romy. L'intégralité de cet enregistrement reste inédit. Alice a consacré un livre sorti qu'en Allemagne en 1998 "Romy Schneider: Mythos und Leben", qui reprenait quelques extraits de l'entretien. Ce n'est qu'en 2018, pour la sortie d'un autre livre (édité aussi en français) "Romy Schneider intime" et pour le documentaire "Conversation avec Romy Schneider", que d'autres extraits ont été livrés au grand public.
- photographies de Gabriele Jakobi -
Quelques extraits de l'entretien (retranscription des extraits des bandes sonores du documentaire "Conversation avec Romy Schneider"):
RS- Des paparazzis de tous les côtés, des gens qui te courent après, et te poursuivent, Alice. Partout ! Devant la maison, partout ! Je ne pouvais pas sortir de ma maison !
RS- Je suis revenue ici, pour travailler en Allemagne. Après 17 ans, je fais mon 50ème film ici et je refuse quoi que ce soit comme accueil. Tout, je refuse tout ! Pas de photos, pas d'interviews, rien ! J'ai mes raisons et j'ai le droit de le faire.
RS- Il y a une chose, il faut être clair avec ça... c'est la presse ! La presse, en France, il y a une presse dégeulasse, comme partout, mais ça n'est jamais comme en Allemagne... contre moi ! Et ça, depuis 15 ans ! AS- Tu penses que ça vient d'où ? RS- Je n'ai pas de réponse, je ne sais pas pourquoi.
RS- Personne ne comprend que j'ai des parents comme ça... C'était jamais un père, jamais... C'était de la rigolade, c'était superbe, mais un animal très étrange, très beau, mais c'était pas un père ! C'est quelqu'un qui a fait beaucoup, beaucoup souffrir ma mère. Mais... je l'aimais quand même... beaucoup ! Les femmes, dans ma famille, c'était des personnes fortes. Sa grand-mère, ma mère... et moi. Rosa Albach-Retty, c'était une très grande actrice. Mais on n'avait jamais un vrai contact, avec mon père, oui, mais pas avec elle, je suis désolée. Mais je sais qu'elle avait connu Elizabeth d'Autriche ! Tu imagines un peu ! Eh oui... le Kaiser et tout ça... Puis il y a des choses aussi du côté comédie que j'ai appris et que je n'accepte pas; ça, je ne l'ai jamais dit, mais je n'avais jamais de contact, jamais ! AS- Cela veut dire qu'elle a eu des sympathies pour les fascistes ou qu'elle a plus ou moins collaboré ... ? RS- Je ne peux pas le jurer, j'étais vraiment trop petite. Je ne peux pas l'affirmer. Si je jure sur la tête de mon David, il faut me croire ! Parce que je ne peux pas jurer sur la vie de mon fils, et mentir, c'est pas possible. Je ne peux pas. Et je jure.... (Romy demande à Alice d'arrêter l'enregistrement: elle lui aurait alors rapporté que sa mère - Magda Schneider - a été la maîtresse d'Hitler. La journaliste ne pense pas que Magda ait couché avec le Fuhrer, tout en reconnaissant qu'elle a fréquenté Hitler.)
RS- On dit "tu as du talent", c'est vrai, on a du talent, mais moi, je ne le savais pas ! Je savais seulement, qu'après un troisième Sissi, que je voulais autre chose, ou je reste avec ce métier ou je m'en défleure, ou je fais autre chose.
AS- Tu as souvent une conduite farfelue. RS- C'est vrai. Sans arrêt. AS- Et comment réagissent les gens ? RS- Mal. On te crache dessus. On dit les choses les plus ignobles. Comment réagir face à quelqu'un qui... comment dire... face à une "propriété publique" allemande: Romy Schneider, propriété publique allemande. Trois fois Sissi. Domaine national allemand.
AS(en allemand)- Qu'est-ce que tu voudrais dire qui pourrait choquer ? Quelque chose de provoquant ? RS(en français)- Pas si vite ! Je t'en prie, pas si vite ! Laisse moi réfléchir. Pour le moment, je fais comme ça avec toi, mais je ne peux pas parler si vite de choses que j'ai vraiment envie de balancer ! (en allemand:) Tu peux traduire tout ça. Le français est peut être devenu ma langue. Ma langue maternelle, peut être. (en français:) Voilà, c'est déjà un choc !
RS- Ou je me sens bien, et où les gens étaient comme ça, à bras ouverts. Quand je suis arrivée, c'était ou ? C'était en France ! Ici, on m'a craché dessus ! Et on m'a craché dessus pourquoi ? Parce que j'étais amoureuse d'un homme ! De Monsieur Delon, parce que je suis partie ?
RS- J'étais totalement, follement amoureuse d'Alain. Et j'ai vécu avec lui et puis, c'est tout. J'en ai bavé beaucoup car j'ai vu Alain travailler avec des grands metteurs en scène et je me suis dit: "mais qu'est-ce que je vais faire, moi ? Qu'est-ce que je vais devenir ?" Parce que ce métier, quand même, je suis faite pour ça ! Si j'aime, j'aime ! Si je suis avec quelqu'un, je suis entière et je ne suis pas sûre que je le resterai. J'ai passé beaucoup de moments seule, et cette force me vient de là. C'est tout ! Je ne l'ai pas d'un homme, ni d'une femme, mais de moi même. J'ai très souvent été seule. Mais ça fait du bien d'être seule, finalement; ça fait aussi beaucoup de mal, par moments, on pleure beaucoup.
RS- Je suis un petit peu comme Elizabeth Taylor, je veux toujours me marier, je veux avoir des enfants, j'aime les hommes avec lesquels je vis, parce que les hommes qu'elle a aimé, elle les a épousé, tous. Elle voulait des enfants et elle les a épousé tous, je trouve cela formidable ! Pourquoi pas ? C'est bien, non ? C'est un peu fatiguant, elle doit être morte de fatigue.
RS- Il y a très peu de femmes et surtout peu d'hommes qui me donnent de la confiance. Ce n'est pas que je déteste les hommes, seulement... on est tellement découragé de notre courage. Moi, je crois toujours, je donne du courage à un homme, par mon courage, de mon courage, et on nous décourage ! Merde ! Tu crois, ça aide ?! Pourquoi ça aide pas ? ça leur fait peur ! Je ne comprend pas... Je comprend une chose qui fait peur aux hommes, c'est mon agressivité qui est forte, de plus en plus forte et ça, c'est vrai ! Je veux vraiment avoir confiance, vraiment ! Je te jure ! Je veux que l'on fasse la plus belle chose, la plus formidable chose mais je veux aussi que ça choque tout le monde ! ça, je le veux ! Voilà... je ne me gêne pas, tu sais. Pas du tout. Je n'ai plus peur de certaines choses. Je n'ai plus peur de me laisser aller. Je n'ai plus peur de me comporter librement.
AS- Si tu ne veux plus mentir, Romy, il faut que tu saches ce qu'est ta vérité. Si tu en as une. RS- Ah, voilà... qu'est-ce que c'est la vérité ? RS- Mais surtout, ta vérité. AS- Je la cherche. J'ai déjà trouvé une chose: je ne veux plus mentir. J'ai déjà tellement menti, mon dieu, quelqu'un qui commence si tôt dans ce métier, tu es voué à mentir. C'est à dire quand tu as 14 - 15 ans, tu ne sais même pas que tu mens !
RS- Je suis comme une Simone Signoret un peu plus jeune. Pareille, Simone, un peu plus âgée, qu'est-ce que je vais faire ? Ce sera pour moi toujours une femme belle. Belle, dans tout ce qu'elle a, là-dedans, c'est à dire je vois deux femmes: je vois une femme qui aime un homme comme je n'ai jamais vu une femme aimer un homme, Yves, et je vois aussi l'autre femme: l'actrice, qui est superbe, magnifique, l'une des plus grandes pour moi. J'ai pris de sacrées leçons à regarder Simone Signoret sur scène et à l'écran. Et à l'écouter, chez elle.
RS- Moi, je te donne beaucoup plus ce soir. Je te fais beaucoup confiance. Si tu me trompes Alice, ce sera très grave. Mais vraiment très grave, je t'assure. Pour toi, comme pour moi, je ne te trompe pas. (Romy confia des choses personnelles à Alice, qu'elle ne voulait pas voir publier ni révéler au grand public, notamment sur son enfance :) J'avais 7 ans, à Berchtesgaden, là où ma mère a une maison depuis 30 ou 35 ans, j'avais oublié les vols en rase-mottes, la brume, dans les champs. J'avais oublié, j'avais un chemin car j'allais à l'école communale, l'école élémentaire à Schonau, près de Berchtesgaden, mais je suis en train de penser... si tu veux me poser une question plus tard, tu pourras, mais je ne veux pas blesser ma mère, je ne veux pas. (Romy demande à Alice de stopper l'enregistrement pour lui confier que son beau-père, Hans Herbert Blatzheim a essayé à plusieurs reprises de coucher avec elle).
RS- Si on te fais trop de mal dans le pays d'où tu viens, on part. Et tu vis là où tu es bien. Qu'est-ce que tu veux... Je ne suis pas une... AS- Ne pleure pas. RS- Pourquoi pas ? AS- Mais je ne veux pas que tu souffres. RS- Je ne suis pas... un surhomme.... C'est tout... Mais c'est comme ça, c'est tout. Je ne pourrai jamais plus vivre en Allemagne. Jamais plus.
RS- Je n'ai pas besoin qu'on me dise que je suis une bonne actrice, je sais que je le suis. Que je suis la meilleure de l'Europe: pfff... !
RS- Tu sais ce que tu as en face de toi ? Le spleen germanique. C'est de Luchino Visconti, il avait tout compris. Le spleen germanique, c'est la contradiction continuelle, totale, toujours. Et c'est aussi être totale, entière, c'est à dire, tu ne choisis jamais la facilité.
En septembre 2018, afin d'assurer la promotion de son livre édité en français et la diffusion du documentaire, Alice Schwartzer donne plusieurs interviews aux médias français (presse, radio, TV). Elle affirme que Romy lui aurait fait quelques confidences, hors enregistrement: -son beau-père Hans Herbert Blatzheim (le second époux de sa mère) la poursuivait de ses assuidités sexuelles; mais Romy ne souhaite pas l'évoquer publiquement, pour ne pas "blesser" sa mère; -la promiscuité de sa mère Magda, de son père Wolf et même sa grand-mère paternelle Rosa, avec le régime nazi. Romy aura pensé toute sa vie que sa mère avait été jusqu'à être la maîtresse d'Hitler; -sa bisexualité: la journaliste va même jusqu'à avancer le fait que Romy vouait une passion folle à Simone Signoret.
> Le magazine d'Alice Schwartzer Emma (1998 - 2018):
Le 27 juin 1957, Romy Schneider assiste à une projection lors de l' "Internationale Film Festspiele" de Berlin, Festival du Film International de Berlin (dit aujourd'hui 'Berlinale').
Le 28 septembre 1980 un gala en hommage à Luchino Visconti (1906-1976) est organisé à l'Opéra de Paris. Parmi les participants invités se trouvent Romy Schneider accompagnée de son mari Daniel Biasini , Alain Delon et sa compagne Mireille Darc, ainsi que Helmut Berger, Jean-Claude Brialy, Dalila Di Lazaro et Claudia Cardinale.
Quelques mots de Romy sur Visconti : "Visconti était une force pour moi. J'étais éprise de lui et je n'ai pas compris, à l'époque, qu'il était amoureux de moi. A sa manière. Personne n'ignorant son homosexualité, je m'y étais tenue et n'aurais jamais pris la liberté de lui avouer que j'étais amoureuse de lui. A présent il est trop tard. Naguère, comme aujourd'hui, on a dit beaucoup de choses sur la nature des relations qu'il entreteait avec Alain Delon. En ce qui me concerne je crois fermement que Visconti avait perçu le très grand acteur sous l'enveloppe un peu rugeuse du débutant. Et il s'était mis en tête, avec la ténacité, la pugnacité et surtout l'esprit d'exclusivité qui étaient les siens, d'extraire le chef d'oeuvre de la matière brut."
>Claudia Cardinale, Mireille Darc, Dalila Di Lazaro, Helmut Berger.
C'est au matin du 2 juin 1982 que Romy Schneider est inhumée dans le petit village de Boissy-Sans-Avoir, où elle venait d'acheter il y a à peine un mois une maison avec Laurent Pétin, son dernier compagnon. De nombreuses personnalités du monde du cinéma et proches de Romy, sont présents: une cinquantaine d'intimes parmi Jacques Rouffio, Pierre-Granier Deferre, Bertrand Tavernier, Claude Berry, Roman Polanski, Jean-Loup Dabadie, Michel Piccoli, Jean-Claude Brialy, Jean Rochefort, Laurent Pétin, Wolf (le frère de Romy). La cérémonie débute à 10h15 dans l'église Saint Sebastien et consiste en la lecture d'une prière; elle ne dure qu'une demie-heure. Une centaine de curieux ainsi qu'une centaine de journalistes sont réunis en silence devant l'Eglise du petit village. Romy est ensuite inhumée dans le cimetière qui jouxte l'Eglise (dans l'angle au fond à droite). Magda Schneider (la mère de Romy), Claude Sautet et Alain Delon sont les grands absents de la cérémonie; Alain Delon préférant dire un dernier adieu à Romy quelques jours plus tard, loin des curieux.
photos de l'enterrement le 2/06/1982
> photographie de Jean Claude Woesteland
> photographies de Michel Croizard
> photographies de Patrick Jarnoux
captures - du Journal Télévisé Antenne 2 du 2/06/1982
captures - du Journal Télévisé TF1 du 2/06/1982
vidéo - extrait du Journal Télévisé TF1 du 2/06/1982
Alain Delon fera ensuite transférer la dépouille de David, enterré initialement à Paris, auprès de sa mère, au petit cimetière de Boissy-Sans-Avoir; la tombe de Romy (intialement située au fond à droite dans l'angle) sera déplacée dans une des allées.
Reportage et interview des acteurs Michel Piccoli et Romy Schneider par la journaliste France Nespo sur le tournage du film "Les Choses de la vie" diffusé le 30 juillet 1969 dans l'émission "Eté Magazine". Ils tournent la scène du banquet de noces avec notamment Léa Massari, Gérard Lartigau et Marcelle Arnold (qui joue le rôle de la mère d'Hélène - Romy Schneider), sous la direction de Claude Sautet qui explique à Romy quelques détails de la scène.
France Nespo -voix off-: Romy Schneider joue avec Michel Piccoli et Gérard Lartigau dans ce film "Les choses de la vie" réalisé par Claude Sautet d'après le roman de Paul Guimard. Et dans cette scène, le héros joué par Michel Piccoli rêve une scène de sa vie, rêve son propre mariage avec sa maîtresse. Le film se tourne aux environs de Paris. Nous avons bavardé un peu avec Romy Schneider qui, toutefois, ne comprend pas très bien le français et a un peu de mal à s'exprimer.
images de Claude Sautet qui parle à Romy: "... un peu drôle. Jvais pas faire la pomme... Non, non, j'ai pris des cerises. Jme suis dit ptre qu'avec des cerises; mais, je ne sais pas pourquoi ! "
France Nespo -voix off- : Une actrice très consciensieuse Romy Schneider, qui revit avec son manuscrit et son scénario avant chaque scène, très longtemps. Et Michel Piccoli, ici, termine son rêve. voix de Claude Sautet: "Coupe, c'est très bon ça !"
France Nespo: Alors Romy Schneider, Michel Piccoli, Gérard Lartigau et toute l'équipe des Choses de la vie, jvous trouve très courageux de travailler en pleine chaleur quoiqu'il fasse assez bon aujourd'hui et je voulais vous demander si les vacances étaient compatibles avec le métier de comédiens.
Michel Piccoli (désignant Romy): Tu réponds la première !
Romy Schneider(se tournant vers Piccoli): Je n'ai pas compris ce qui s'est dit...
Michel Piccoli: Ben, ton travail, tu n'as pas de vacances. Tu peux quand même avoir des vacances, bien que tu sois comédienne.
Romy Schneider (sur un ton un peu agacée): Quand on travaille, c'est pas des vacances !
France Nespo: Alors comment ça se passe, ou est-ce que vous trouvez le temps de partir ou... est-ce que pendant votre travail, vous arrivez à vous reposer ou est-ce que vous partez en vacances ?
Romy Schneider (en riant): Quand on dort, la nuit.
Michel Piccoli: Non, non, on s'échappe beaucoup.
France Nespo: Qu'est-ce que vous en pensez des Choses de la vie ? Est-ce que vous pouvez déjà avoir une idée de ce que ça peut être maintenant ?
Romy Schneider: Beau !
Michel Piccoli: Beau, oui.
Romy Schneider: Très beau !
France Nespo: Vous avez aimé le livre de Paul Guimard ?
Michel Piccoli: Beaucoup, oui. Parce que c'est un livre qui parle de tragédie et c'est un livre joyeux.
France Nespo: Est-ce que vous pourriez nous expliquer un petit peu, pour les gens qui vont voir le film, et qui n'ont pas lu le livre, ce qu'est le scénario ?
Michel Piccoli: Le scénario, c'est l'histoire d'un monsieur qui en un quart... entre le moment où il y a le choc d'une voiture de l'accident et le moment où il meurt à l'hôpital, revoit toute sa vie. Et dans sa vie, il y a son travail, il y a son ancienne femme Léa Massari, il y a sa future femme Romy Schneider, il y a son fils Gérard Lartigau; entre autres. Et c'est un téléscopage. Il revoit en un quart d'heure les choses les plus passionnates et les plus importantes de son existence. Les choses de la vie.
Romy Schneider photographiée par Helga Kneidl une nuit de mai 1973 dans son appartement de la rue Berlioz à Paris (16ème arrondissement). Série photographique pour le magazine allemand Stern.
série Robe à fleurs d'organza
- chez Romy -
A la lueur de bougies, Romy allume ses cigarettes avec des allumettes; elle écoute de la musique et boit plusieurs verres d'alcool.
Attablée à sa coiffeuse, Romy se maquille.
Musique
On distingue le 33 Tours Thèmes Du Film De Luchino Visconti "Mort A Venise"
Parfums
On distingue plusieurs parfums signés Guerlain
Eau de Cologne - le flacon Montre - avec son bouchon en forme pyramidale Diverses senteurs identifiées aux couleurs de sa pastille: Le jaune pour Le Cachet Jaune Le rouge pour Shalimar Le bleu marin pour Vol de Nuit Le bordeau pour Jicky Le transparent pour Chamade ... La photo étant en noir et blanc, quel est donc celui que détient Romy ?
Ode Eau de Cologne - le flacon de Voyage - La version homme a un rebord noir et la version féminine a un rebord blanc
Parfum - le flacon bouchon coeur - Editée pour plusieurs fragances: L'Heure Bleue, Fol Arome et Mitsouko Il semblerait que Romy détient le Mitsouko
19h le dimanche: Une histoire française Romy Schneider par Daniel Biasini
Emission/ chaîne: 19h le dimanche / France 2 Date de diffusion: 13 mai 2018 Durée: 20 min Pays: France Interview de Daniel Biasini par Laurent Delahousse
Laurent Delahousse: Un témoignage, maintenant. Depuis des années, il refusait les interviews, observant, sans réagir, les dizaines de livres, de documentaires, consacrés à celle avec qui il a partagé près de dix années de sa vie: Daniel Biasini a été le mari de Romy Schneider, il est le père de leur fille, Sarah, devenue comédienne. C'est un film, qui sortira dans quelques semaines, qui le pousse à s'exprimer aujourd'hui. A ses yeux, trop de mensonges, trop de fantasmes sur les tourments, les blessures de l'actrice. Alors, où est la vérité ? Qui la détient ?
Laurent Delahousse: Bonjour Daniel Biasini.
Daniel Biasini: Bonjour Laurent.
Laurent Delahousse: Merci d'avoir accepté cet entretien. Cela fait des années que vous ne vous exprimez pas. Pourquoi aujourd'hui, parler ou reparler de Romy ?
Daniel Biasini: C'est assez simple: c'est parce qu'un film va sortir et ça m'ennuyait que ce film sorte sans que je rétablisse la vérité.
Extrait de la bande annonce du film "Trois jours à Quiberon" Laurent Delahousse: Ce film s'appelle "Trois jours à Quiberon", c'est un film qui sortira dans quelques jours et qui revient sur un épisode particulier de la vie de Romy Schneider. Est-ce que vous avez le sentiment que depuis toutes ces années, depuis sa disparition, il y a eu trop de fantasmes, trop d'interprétations, trop de contrevérités, selon vous ?
Daniel Biasini: Simplement, si vous voulez... on se polarise toujours sur la dernière année qui a été tragique. Et on oublie les 9 ou 10 années passées à Paris, qui ont été pour elle dix années merveilleuses.
Laurent Delahousse: Tourmentées, aussi ?
Daniel Biasini: Non, absolument pas ! Non, non, non ! C'est ce que tout le monde croit, mais c'est faux !
Laurent Delahousse: On va revenir sur tout ça, sur ces mensonges ou ces contrevérités. Cela fait combien d'années que vous n'êtes pas passé dans cette rue ? Car on arrive devant "L'Orangerie" à Paris, un restaurant que vous connaissez bien. C'est celui de Jean-Claude Brialy. Cela fait combien de temps que vous n'êtes pas venus ici ?
Daniel Biasini: Près de 30 ans maintenant.
Laurent Delahousse: Vous veniez ici avec elle, dîner ?
Daniel Biasini: Oh oui, très très souvent; on venait pratiquement deux fois par semaine.
Laurent Delahousse: Vous allez même célébrer vos noces ici, en 1975, dans ce restaurant.
Daniel Biasini: Absolument, oui, tout à fait. Enfin, c'était une journée aussi bien particulière, parce que nous nous sommes mariés à Berlin le matin, et nous avons repris l'avion de Berlin pour venir ici et donc on a passé, terminé notre mariage ici.
Laurent Delahousse: On va revenir sur toutes ces questions. ici, on va rentrer dans ce restaurant. Vous savez qu'on y projette encore des films de Romy ?
Daniel Biasini: C'est ce que j'ai appris, oui !
Laurent Delahousse: On va découvrir tout cela. Alors, Daniel Biasini, revenons d'abord sur votre rencontre. Vous avez 22 ans, vous étiez étudiant, et pour un petit job d'intérim, vous allez devenir l'assistant particulier de Romy Schneider.
Daniel Biasini: Tout à fait.
Laurent Delahousse: C'était pour quelques mois normalement.
Daniel Biasini: Oui, absolument.
Laurent Delahousse: Elle arrive à Paris, elle a quitté finalement l'Allemagne, elle vient avec David. Vous lui trouvez d'abord un appartement, vous vous occupez un peu de l'intendance ?
Daniel Biasini: Oui, absolument, c'est à dire quand elle arrive à Paris, elle vient en fait de terminer "César et Rosalie". Extrait de César et Rosalie Elle doit repartir pour l'Italie. Donc, à un moment donné, je me retrouve seul avec son fils David.
Laurent Delahousse: Vous avez quoi, 22 ans ? et elle en a ?
Daniel Biasini: 33...
Laurent Delahousse: Vous êtes le seul homme qui, quand il rencontre Romy Schneider, au départ, vous disiez, vous n'êtes pas tombé tout de suite amoureux d'elle. Il n'y a pas eu de coup de foudre ?
Daniel Biasini: Non, il n'y avait pas eu de coup de foudre. Il y avait simplement, au fil du temps, une grande amitié, dans la mesure où je m'occupais de David parce qu'elle n'était pas là. Et donc, ça crée des liens, obligatoirement.
Laurent Delahousse: Jusqu'au jour où les choses basculent. Vous êtes à Saint-Tropez, vous dînez avec elle, ensuite vous partez en bateau et là, vous n'êtes plus simplement l'intendant, le conseiller, l'ami ?
Daniel Biasini: Oui, mais alors on s'amuse, en fait. On ne se prend pas au sérieux, ni elle, ni moi, d'ailleurs, à cette époque-là. On ne cherchait même pas à savoir si ça allait se prolonger ou si ça allait casser.
Laurent Delahousse: Enfin, il y a quelque chose qui allait le prolonger, et aussi une rencontre et un moment étonnant. C'est dans une cabine téléphonique que vous allez apprendre que vous allez être papa. Elle passe un coup de téléphone pour répondre à un film que lui proposait Luchino Visconti, et vous êtes derrière et vous entendez qu'elle dit "je ne pourrai pas faire le film parce que je suis enceinte".
Daniel Biasini: Oui, tout à fait. C'était très très drôle, ça se passe dans le port à Calvi, c'est à ce moment là que ça se produit, oui.
Laurent Delahousse: Qu'est ce que vous vous dîtes ? Je vais avoir un enfant avec Romy Schneider ?
Daniel Biasini: Là, on tombe dans un autre registre de vie qui est celui de devenir père, de s'engager. Et qui plus est, Romy, quand elle tombe enceinte, me dit: "je veux me marier". Alors qu'il n'était pas question pour moi de chercher à me marier ni avoir un enfant avec Romy.
Laurent Delahousse: A quoi ressemblait la vie commune avec Romy Schneider ?
Daniel Biasini: Cela ressemble à un quotidien qui est assez ordinaire, en fait. Il ne faut pas s'imaginer des choses... Le quotidien avec elle était un quotidien presque ordinaire, dans la mesure où on avait les enfants, la maison à Ramatuelle. Il y avait un agenda qui était assez strict et à l'intérieur de cet agenda et dans notre vie intime, on était plutôt cool.
Laurent Delahousse: Vous revendiquez le fait qu'on a gardé de Romy Schneider le drame et qu'on n'a pas gardé le rire, le sourire.
Daniel Biasini: Oui, voilà ! Et qui ont duré quand même plus longtemps que le drame. Moi, je ne suis pas là pour revendiquer la paternité du bonheur de Romy. Ce que je veux mettre en exergue, c'est de dire que dans cette courte vie, il y a eu 9 années où j'ai vu une femme s'épanouir dans son plus bel âge, déjà, la trentaine. Où la vie était un bouillonnement permanent d'émotions, de passions, de liberté. Où j'ai vu une femme s'épanouir dans le bonheur d'avoir un enfant. Et j'ai vu également cette femme s'épanouir dans un métier qui la comblait. Extrait des Choses de la Vie
Laurent Delahousse: Avait-elle peur, à ces moments de la vie, de ne plus être aimée par le public ? Est-ce que c'est une question qu'elle abordait ?
Daniel Biasini: Non, non, non... La peur de vieillir et surtout, par rapport au cinéma, la peur de ne plus pouvoir interpréter des rôles de femmes qu'elle avait jusque-là interprétés.
Laurent Delahousse: Elle avait peur de ne plus être l'héroïne de "La Piscine" éternellement ?
Daniel Biasini: En quelque sorte. Extrait de La Piscine
Extrait d'une interview de Romy Schneider - 29 juin 1974 - Vous avez conscience d'être très belle ? - Ah non, avec la gueule que j'ai, oh, écoutez, vous exagérez ! - Il y a des films, vous êtes merveilleusement bien photographiée ! - Oui, et c'est le chef opérateur, monsieur ! Ce n'est pas moi ! - Mais cela ne vous arrive pas de vous mettre devant une glace et de vous dire... - Non, je ne fais plus ça, ça m'emmerde ! Je ne veux plus me regarder. - Vous n'avez pas l'impression d'être de mauvaise foi en ne voulant pas reconnaître que vous êtes une femme très belle ? - Mais non ! Je suis photogénique, mon père a toujours dit que je suis photogénique, c'est tout, "t'as de la chance, t'es photogénique" !
Laurent Delahousse: Est-ce qu'avec vous, elle évoquait ses tourments, ses blessures; celles de son passé, ses ruptures avec son pays ? Elle n'a pas eu une vie comme les autres, Romy Schneider !
Daniel Biasini: Oui, mais il ne faut pas exagérer quand même...
Laurent Delahousse: Pour que les téléspectateurs comprennent: Romy Schneider naît à Vienne, va vivre son enfance à Berchtesgaden, sa mère va être une actrice qui va collaborer au régime nazi. Est-ce que les blessures de ce passé là, de cette histoire-là, elle les a évoquées avec vous?
Daniel Biasini: Oui, tout à fait, mais je retirerais le terme de collaborationniste pour Magda, parce que ça, c'est totalement faux.
Laurent Delahousse: C'était une actrice qui était référencée comme participant au régime nazi... Elle allait rendre visite à Hitler à Berchtesgaden, elle le reconnaissait elle-même...
Daniel Biasini: Oui, c'est vrai ! Et on en a parlé avec Magda. Et nous sommes montés au Nig d'Aigle avec Magda et Romy, ensemble.
Laurent Delahousse: Et elles en ont parlé, de cette époque ?
Daniel Biasini: Absolument, et j'étais là, nous étions trois ! Magda regrettait toute cette période. Elle mettait en avant quelque chose qui est assez compréhensif aussi, c'est à dire ou vous acceptiez de rester en Allemagne et vous acceptiez le régime, mais sans collaborer...
Laurent Delahousse: Ou vous étiez Magda Schneider ou vous étiez Marlène Dietrich ?
Daniel Biasini: Voilà, il y a un peu de ça mais Magda Schneider n'était pas non plus Marlene Dietrich ! Il n'y avait pas de blessure de Romy qui aurait cogité un passé et qui se serait heurtée à tout ça... Il y avait chez elle, ce que beaucoup d'Allemands ont eu à une certaine époque, surtout dans sa génération, c'est cette forme de culpabilité par rapport à ce que son pays avait fait. Mais de blessures... je n'irai pas jusque là.
Laurent Delahousse: Je voudrais revenir sur des citations d'autres hommes de la vie de Romy Schneider. Alain Delon: "On a été aussi explosifs l'un que l'autre".
Daniel Biasini: Oui, sûrement...
Laurent Delahousse: Claude Sautet: "Tourmentée, pure, violente et orgueilleuse." Yves Montand: "Elle était excessive et bouleversante." Vous, vous diriez quoi ?
Daniel Biasini: Passionnée et ne pouvant vivre que dans un bouillonnement d'émotions.
Extrait de L'Important, c'est d'aimer Daniel Biasini: On ne peut pas aller au maximum comme ça sans en subir les conséquences, puisque pendant le tournage du film, à un moment donné, un jour, elle n'a pas pu se lever. Et donc, elle est partie en cure de repos pendant une huitaine de jours, à l'hôpital américain.
Laurent Delahousse: Elle était fatiguée, usée, déprimée ?
Daniel Biasini: Pas déprimée ! Mais non, pas déprimée.
Laurent Delahousse: Donc vous refusez l'idée qu'elle était dans une fatigue psychologique, elle était juste dans une fatigue physique ?
Daniel Biasini: Absolument, tout à fait. C'est ce que les médecins ont dit.
Laurent Delahousse: Donc, toutes les autres interprétations qui disaient qu'elle était tombée dans une forme de dépression, c'est quelque chose que vous refusez ?
Daniel Biasini: Ce n'est pas quelque chose que je refuse en soi, c'est quelque chose qui n'est pas LA vérité !
Laurent Delahousse: Romy Schneider va vivre l'enfer en juillet 81: la tragédie de la perte d'un enfant, David. Elle vivra ce deuil impossible, et aussi la traque, encore une fois, des paparazzis. Un enfer absolu ? Ils chercheront à tout voir, à tout savoir, jusqu'au pire.
Daniel Biasini: Jusqu'au pire avec cette photo d'un paparazzi prise à la morgue, où on voit David allongé. C'est terrible !
Extrait interview Michel Drucker - 10 avril 1982 Romy Schneider: Qu'on me laisse enfin tranquille. Si vous saviez ce que certains soit disant photographes sont capables de faire, je pense que le public a le droit de le savoir... Qu'on se déguise en infirmier pour photographier un enfant mort... Qu'il y a une certaine presse qui achète et publie à la Une comme on dit... Où est la morale ? Où est le tact ?
Laurent Delahousse: Il y a ce film qui sort prochainement au cinéma "Trois Jours à Quiberon", que vous avez vu. Vous dîtes que vous n'êtes pas resté jusqu'à la fin. Pour quelles raisons ?
Daniel Biasini: Parce qu'à un moment donné, c'était à vomir ! Ce film, qui est présenté comme un biopic est en réalité un faux biopic. On insinue déjà dans le film qu'elle part à Quiberon, alors qu'elle y partait chaque année, spécialement en cure de désintoxication pour soigner de soi-disantes addictions que sont les médicaments, l'alcool; donc ce qui fait un peu beaucoup !
Extrait de la bande annonce du film "Trois jours à Quiberon"
Laurent Delahousse: Elle prenanit des médicaments ?
Daniel Biasini: Non. Elle prenait des médicaments comme vous, comme moi, comme tout à chacun peut prendre des médicaments.
Laurent Delahousse: Elle avait un rapportà l'alcool qui était selon vous normal, excessif ?
Daniel Biasini: Normal, mais plus que normal ! Ecoutez, en dix ans -je l'ai fréquenté quand même plus de dix ans, quand je dis fréquenté ce n'est pas un terme affectif- je ne l'ai jamais vu ivre de ma vie ! Jamais ! A cette période relatée dans le film, Romy n'avait aucune addiction aux médicaments, comme elle n'en n'a jamais eu ! Voilà... est-ce que je suis assez clair ou est-ce que je dois en rajouter ?
Laurent Delahousse: Non... Moins d'un an après la mort de David, quelques mois après justement tout ça, Romy va mourir. Pendant des années, il y a eu des fantasmes, des rumeurs sur la fin de vie de Romy Schneider. D'abord, quand vous avez appris ça, vous vous êtes dit quoi, qu'est ce qui s'est passé pour vous, dans votre fort intérieur ?
Daniel Biasini: Moi, imméditament, je me suis dit que le coeur avait lâché. Parce que nous étions à peine à un an de la mort de David. Et comme je l'ai expliqué encore une nouvelle fois, je veux dire que... je pardonne tout à Romy durant cette année, à partir de la mort de David. Je lui pardonne ses excès, non pas d'alcool, mais ses excès de médicaments, qui ne sont pas vraiment des médicaments, mais qui sont quelque chose où vous vous levez le matin, et vous vous dîtes "qu'est ce que je peux prendre pour être en forme ?"
Laurent Delahousse: Excusez-moi, je ne comprend pas... ça veut dire qu'elle prenait des médicaments, des remontants, des choses pour être en forme, des vitamines, des choses plus fortes que ça, je ne sais pas... ?
Daniel Biasini: Oui, voilà, tout à fait ! Mais écoutez, moi, je n'étais pas présent à ce moment là, mais quoiqu'elle ait pris, je lui pardonne. Voilà, c'est tout ce que j'ai à dire. Mais le coeur a lâché parce que le coeur souffrait trop; voilà, c'est tout...
Laurent Delahousse: Le procureur de la République, le substitut, n'a pas voulu faire d'autopsie. Parce qu'il ne voulait pas toucher au coeur de Romy.
Daniel Biasini: Oui, mais enfin, s'il aurait voulu en faire une, je n'aurais pas été contre non plus, mais si vous voulez, je n'en ressentais pas la nécessité, mais maintenant que peut être pour le public, il aurait fallu en faire une mais cela ne sert à rien...
Laurent Delahousse: Qu'est ce qui vous reste après toutes ces années, au-delà bien évidemment de Sarah, de ces années avec Romy Schneider ?
Daniel Biasini: Il me reste beaucoup d'années de joie, je ne retiens que ça si vous voulez. Et c'est vrai que pour le public, on cherche la tragédie, toute cette épreuve que Romy a traversé cette dernière année, et moi je ne garde si vous voulez que ces neuf merveilleuses années que j'ai passées avec elle.
Laurent Delahousse: Merci Daniel Biasini de nous avoir accordé cet entretien.
Daniel Biasini: Je vous en prie, cela m'a fait plaisir.
Il s'agit du tout premier film de Romy Schneider, qui donne la réplique à sa mère Magda Schneider. Elles jouent d'ailleurs le rôle de mère / fille. Au générique, Romy est créditée sous le nom de Romy Schneider-Albach.
Chronologie d'un tournage 13 juillet 1953: Magda Schneider est à Munich pour signer un contrat et récupérer un scénario dont elle doit débuter le tournage quelques semaines après. Le producteur Kurt Ulrich, propose à Magda que sa fille Romy joue le rôle de sa fille dans le film. Dubitative, Magda retourne à son hôtel pour lire le scénario. Elle appelle son mari Hans Herbert Blatzheim (le beau-père de Romy) pour lui demander conseil. 14 juillet 1953: Romy et son frère Wolfy sont dans la maison familiale de Berchtesgaden. Dans la soirée, Magda Schneider, leur mère, appelle Romy pour lui demander de la rejoindre à Munich, sans lui donner la raison de sa venue. 15 juillet 1953: Le matin, Romy prend le train pour Munich où elle y retrouve sa mère. Elle porte la robe bleu ciel, le manteau, les gants et les chaussures à talons de sa mère. Elles prennent un taxi qui les mènent à l'hôpital, pour rencontrer le scénariste (Fritz Rotter qui a écrit la nouvelle), le producteur (Kurt Ulrich) et le réalisateur (Hans Dieppe, qui a la jambe plâtrée). Ils proposent à Romy de passer des essais à Berlin. Romy et sa mère logent à l'hôtel Bayerischer Hof de Munich. 17 juillet 1953: Romy et sa mère se rendent à Cologne où elles vont rester l'été. Romy prépare son rôle, pour passer les essais; elle écrit dans son journal (le 18 août 1953): "Je connais mon texte par coeur depuis longtemps. Je sais aussi ressentir ce qu'il s'est passé dans la fille que je dois incarner."* 1er septembre 1953: Romy et sa mère prennent l'avion pour Berlin. C'est la première fois que Romy prend l'avion. 2 septembre 1953: Romy passe les essais à Tempelhof, aux studios d'UFA (situés près de l'aéroport), face au réalisateur Hans Dieppe. Stressée et impressionnée, Romy passe son audition devant 30 personnes (le personnel des studios): une scène où elle ouvre une porte, entre dans une pièce et donne la réplique à sa mère Magda. Romy est même photographiée par le photographe des studios, M. Wesel. Romy dit dans son journal: "J'attends avec impatience de voir si un journal publiera ma photo !!"* 6 septembre 1953: Romy reçoit la réponse tant attendue du résultat de son audition: elle est retenue pour le rôle: "Je fais du cinéma ! C'est dingue, absoluement dingue !!"* 8 septembre 1953: Romy et Magda se rendent à Wiesbaden pour le tournage. 9 novembre 1953: Fin du tournage. 11 novembre 1953: A Stuttgart, conférence de presse pour les acteurs et actrices, signatures d'autographes avec le public et première du film devant les journalistes à l'Universum. Le producteur Kurt Ulrich offre à Romy un porte bonheur: une châtaigne en or, comme celle que lui offre Willy Fritsch dans le film. Fin 1953 jusque 15 février 1954: Tournée des Premières du film à travers l'Allemagne (à Berlin au Mercedes-Palast, au FilmBall; à Esslingen au Scala, à Cologne...), Romy écrit dans son journal que cette tournée "fut passionnante et épuisante."
*source: livre Le Journal de Romy Schneider, Moi Romy, de Renate Seydel, 1989.