Alain Delon : "Romy était une enfant qui devint trop tôt une star"
Le site de Le journal des plages nous livre une interview d'Alain Delon, alors en promo pour la sortie du livre site Delon, Romy, ils se sont tant aimés (qu'il préface et qui évoque notamment sa relation avec Romy Schneider).
Pourquoi avoir décidé de participer à ce livre maintenant ?
Alain Delon : Je n’avais jamais jusqu’ici souhaité m’exprimer plus que ça sur un sujet qui est toujours douloureux pour moi et très personnel même si j’ai souvent été beaucoup sollicité. Toutefois, là, j’ai trouvé l’idée bonne et bien réalisée, et j’ai confiance surtout en Philippe Barbier, l’un des deux auteurs, que je connais, que j’apprécie, qui me connaît et qui a réalisé de nombreux ouvrages. Et surtout ce livre permet de continuer de la faire vivre. Et puis, j’aime la collection cinéma Stars de l’écran des Éditions Carpentier.
Est-ce que ce n’est pas avant tout pour rétablir certaines vérités et démentir certaines contre-vérités sur votre couple ?
Alain Delon : Parfois, mais là n’était pas le propos. Je souhaitais simplement, selon un contenu éditorial décidé par l’éditeur, apporter mon éclairage sur ce que j’ai vécu avec Romy personnellement et professionnellement et dire qui était la femme et l’artiste, en donnant également quelques photos inédites de ma collection.
Alain Delon : C’est vrai, mais si notre couple est devenu légendaire, ce n’est pas de notre fait.
Qu’est-ce qui fait que votre couple est devenu légendaire ? Car, vous étiez aux antipodes :vous, un gars de banlieue et elle, une petite bourgeoise bien éduquée et souvent capricieuse ! Malgré vos origines et vos milieux éloignés, vous vous êtes “reconnus”...
C’est le public qui l’a décidé tout comme c’est le public qui a fait de nous des stars. Nous nous aimions, c’est tout. Notre liaison défrayait la chronique souvent malgré nous. Romy avait 20 ans, j’en avais 23. Je ne pensais pas que mon existence allait prendre une telle orientation sentimentale. Elle devenait le grand amour de ma vie, le premier, un amour merveilleux. On est toujours marqué par son premier amour, je pense. Avant, j’avais eu des relations mais là, c’était le premier véritable amour. Et, forcément, ça marque toujours...
Quand vous avez connu Romy Schneider, c’était déjà une star dans l’Europe entière avec la sortie des trois Sissi...
Alain Delon : Elle était LA star européenne, à égalité avec Brigitte Bardot. Pour beaucoup, Romy Schneider restera à jamais l’inoubliable Sissi, devenue impératrice d’Autriche par amour. Ce rôle lui assura d’emblée la consécration internationale.
Est-ce que, fondamentalement, ce qui vous unissait ce n’était pas une même sensibilité épidermique et d’avoir en commun la douleur sourde d’une enfance solitaire et un manque d’affection parentale ?
Alain Delon : Oui et non. C’est clair que nous avions une même sensibilité et qu’à nous deux, avec nos caractères bien trempés, c’était franchement quelque chose ! (rires). Nous étions deux tempéraments et avons souffert différemment. Je ne pense pas qu’elle ait eu une mauvaise enfance. Elle avait souffert du manque d’attention de son père, ou plutôt de ses absences d’amour, de chaleur affective et des rapports difficiles qu’elle a entretenus avec son beau-père.
Qu’est-ce qui vous a d’emblée plu chez elle ?
Alain Delon : Je savais que c’était une star quand je l’ai rencontrée mais bizarrement je ne l’ai pas aimée tout de suite. Romy Schneider était à Paris pour la préparation du nouveau film de Pierre-Gaspard Huit, Christine, dans lequel j’allais jouer, un remake de Liebelei de Max Ophüls, où Magda, sa propre mère, tenait le rôle principal. C’est par la suite que nous sommes tombés amoureux. J’ai été très vite marqué et séduit par son sourire... On la disait violente parce qu’entière... Elle avait du tempérament, une vraie personnalité écorchée vive, ardente, sensible. Elle était violente parfois parce qu’elle était entière. Elle avait des humeurs, des emportements, des colères mais aussi une sensibilité et un tempérament à fleur de vie, de peau. Elle avait besoin d’aimer avec passion.
Alain Delon : Elle devenait le grand amour de ma vie, le premier, le plus fort, le plus marquant, mais aussi malheureusement, le plus triste. On a grandi ensemble.
Vous dites souvent :“Je savais qu’après elle, plus rien ne serait plus pareil”. Pour quelle raison ? N’a-t-elle pas été finalement une enfant jetée trop tôt dans la fournaise de la célébrité, devenue trop tôt une star ?
Alain Delon : Tout à fait ! C’était une enfant qui devint trop tôt une star avec des caprices, des colères et des humeurs d’enfant toujours justifiées mais avec des réactions imprévisibles. Elle n’était pas préparée à la gloire et à la dureté de ce métier. Elle ne comprenait pas toujours le jeu de ce métier de femme publique.
Après avoir tourné ensemble "Christine", vous jouerez ensemble au théâtre, dans "Dommage qu’elle soit une p..". C’est Luchino Visconti qui signera la mise en scène et qui vous annonce son intention de monter cette pièce élisabéthaine de John Ford et vous la propose... Comment avez-vous réagi car vous n’aviez jamais fait de théâtre et Romy parlait encore un Français approximatif ?
Alain Delon : Oui, en 1961, Visconti m’annonce son intention de monter cette pièce de John Ford. Je n’avais jamais fait de théâtre et je n’y songeais même pas. Quant à Romy, c’était un vrai challenge et tour de force car elle a dû apprendre en quelques semaines un texte ardu dans une langue qui n’était pas sa langue maternelle. Alors que moi je ne savais rien dire en allemand et je ne connais toujours pas cette langue.
Autant dans votre premier film, c’est votre fraîcheur qui crevait l’écran, mais c’est véritablement dans La Piscine, en 1968, le film de vos retrouvailles, que votre duo a éclaboussé la pellicule, en ayant atteint le sommet de votre plénitude charnelle... Comment expliquez-vous cette adéquation entre la fiction et la réalité au point de se confondre de manière troublante ?
Alain Delon : On ne savait plus où était le vrai du faux... Je ne peux pas l’expliquer. Il y avait une conjonction d’éléments qui créaient cette atmosphère : l’été 1968, la piscine, la maison à Saint-Tropez, la lumière y était magnifique et Romy sublime et incandescente...
"J’avais l’âge du Christ, l’âge idéal pour un homme".
Derrière l’acteur qui prenait sa dimension, c’est surtout les traits de caractère de l’homme qui affleurent que l’on perçoit et qui composent la manière de votre jeu...
Alain Delon : Ce n’est pas à moi de le dire, mais c’est vrai que je faisais davantage homme, j’étais plus mûr.
Ce qu’on découvre c’est que Jacques Deray ne voulait pas initialement de Romy Schneider et que c’est vous qui l’avez imposée. Pour quelles raisons, car vous étiez séparés depuis plusieurs années ?
Alain Delon : J’ai tout de suite songé à Romy pour le rôle de Marianne. On voulait m’imposer Monica Vitti ou Angie Dickinson. Moi, je voulais Romy et personne d’autre, ou alors je ne faisais pas le film. Elle était sublime, séductrice, dévouée et provocante.
Comment a été la nature de ces retrouvailles ?
Alain Delon : Notre vie, qui ne regarde personne, nous a séparés mais nous nous appelions souvent. On s’est séparés mais jamais quittés. Je ne l’avais pas vue depuis quatre ans et j’étais anxieux à l’idée de ces retrouvailles. Je me souviens qu’un journaliste m’a demandé si j’étais ému. Je lui ai fait remarqué que lui aussi devait être troublé parce que son micro tremblait sous son nez ! Ces retrouvailles étaient vraiment fabuleuses, intenses, émouvantes, et plus qu’amicales. Il n’y avait plus de passion entre Romy et moi. C’était autre chose, plus fort, plus puissant. Elle n’était plus la Romy de Christine puisque dix années s’étaient écoulées. Je n’étais plus non plus le jeune fauve sur lequel la presse allemande s’était acharnée. On avait changé, mais les années n’avaient pas amoindri notre amour.
David, son fils, a aussi participé au film...
Alain Delon : Tout à fait. On l’apercevait en particulier dans la scène très émouvante du cimetière. Prémonitoire et effrayante !
Considérez-vous que La Piscine fait partie d’un des films du cinéma français le plus physique, où l’on perçoit intensément la moiteur des épidermes, la sensualité des étreintes ?
Alain Delon : C’est ce qui en fait toute la force et la magie... Je ne sais pas. Ce n’est pas à moi d’en juger. Toutefois, c’est vrai, comme vous dites, que ce film a une atmosphère unique, pesante parfois, immédiatement physique, captivante ...
Êtes-vous retourné dans cette maison ?
Alain Delon : Oui, je suis retourné dans cette maison, la Loumede, et j’ai même souhaité l’acheter tant elle était magnifique. Je ne sais plus pourquoi, mais ça ne s’est pas fait...
Le regardez-vous encore ce film ?
Alain Delon : Je ne peux pas le regarder !
Pourquoi ?
Alain Delon : C’est une tranche de ma vie avec des amis et des gens qui ne sont plus là. Cela m’est trop douloureux et remue des souvenirs, des bouleversements, trop de choses pénibles. C’est trop dur pour moi. Surtout de revoir Maurice Ronet et Romy rire aux éclats car Romy était heureuse à ce moment-là... Tout est trop beau et les souvenirs qui s’y rattachent me font mal. Je ne garde dans le cœur que d’exceptionnels moments de tendresse partagée... Ceux que j’ai aimés continuent à vivre en moi. La preuve, je suis là, à vous parler de Romy, 50 ans après l’avoir connue...
Propos exclusifs - Interview: Domique Parravano -
Crédit photos : ParuVenduParis.com
Par la rédaction du Journal des plages le 23 mars 2009



















/image%2F1375247%2F20240529%2Fob_412688_romy-gif-lenfer.gif)
/image%2F1375247%2F20240529%2Fob_cc9c79_romy-gif-max.gif)