Romy Schneider : ses images inconnues
article publié sur lci.tf1.fr
le 13 novembre 2009
Par Ludmilla INTRAVAIA
Découvrez l'actrice Romy Schneider comme vous ne l'avez jamais vue, lors du tournage du film inachevé du réalisateur Henri-Georges Clouzot, "L'enfer", auquel les éditions Albin Michel consacrent un livre.
En effet, à l'occasion de la sortie du documentaire "L'enfer de Henry-Georges Clouzot" du réalisateur Serge Bromberg sur le film que le cinéaste des Diaboliques ne termina jamais, les éditions Albin Michel publient également un ouvrage intitulé "Romy dans l'enfer", révélant, entre autres, des images jamais dévoilées de Romy Schneider.
C'est à la faveur d'une panne d'ascenseur qu'Inès Clouzot, la veuve du cinéaste Henry-Georges Clouzot, s'est décidée à accorder, en 2005, au réalisateur Serge Bromberg ce qu'elle avait toujours refusé à ses confrères, malgré leurs demandes répétées : accéder aux bobines du film inachevé de son mari, "L'enfer" et à ses images, jamais vues depuis 45 ans. Ici, Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, les auteurs du documentaire.
En 1964, le réalisateur Henry-Georges Clouzot (à gauche) jette son dévolu sur Romy Schneider (à droite) pour incarner Odette, l'épouse de Marcel Prieur, Serge Reggiani à l'écran, dans son film "L'enfer".
Dans le scénario de Clouzot, Marcel est éperdument amoureux de sa femme. Jaloux, il la soupçonne de le tromper avec des hommes et des femmes. Ici, Romy Schneider (à gauche) et l'actrice Dany Carrel (à droite), incarnant Marylou, l'amie d'Odette.
Marcel est jaloux à en perdre la tête, au gré des sifflements des trains passant près de l'hôtel abritant ses amours. Chaque sortie de sa femme en ville, chaque visite à un ami, le plonge dans des délires obsessionnels. Cette névrose passionnelle, Henry-Georges Clouzot a voulu la traduire en images dans son film.
Clouzot veut filmer la démence de son personnage, en caméra subjective, comme depuis l'intérieur de son cerveau, à chaque crise de jalousie correspondant une déformation de l'image, une altération de la lumière. Ici, jeu de miroir sur le visage de Serge Reggiani (à droite) et de l'acteur Jean-Claude Bercq (à gauche), incarnant Martineau, un ami de sa femme.
Le documentaire dévoile les méthodes expérimentées par le cinéaste pour créer un nouvel univers plastique. Clouzot essaie sur son actrice un système d'éclairage particulier, "l'Héliophore", inventé dans les années trente par Louis Dufay, un collectionneur de papillons qui voulait admirer les changements d'irisations de ses insectes, selon la position de la lumière les éclairant.
Ainsi, le corps de Romy Schneider est recouvert de paillettes pour mieux capter la lumière tournante des lampes colorées de "l'Héliophore", rebaptisé le "Cinhéliophore" pour le cinéma.

Pendant des heures, Romy Schneider se soumet aux longues expérimentations visuelles du cinéaste, n'hésitant pas à ce que son corps soit enduit d'huile d'olive, à porter du maquillage bleu ou a tourner inlassablement sa langue dans sa bouche, parce que Clouzot voulait la filmer en gros plan, sur fond noir. "Romy Schneider donnait l'impression d'être complètement sous l'emprise de Clouzot [...] Il n'était pas question qu'elle lui refuse quoi que ce soit", peut-on lire dans "Romy dans l'enfer".
Il est vrai qu'avec "L'enfer", Romy Schneider veut changer son image et tourner la page Sissi, du nom de l'impératrice d'Autriche qu'elle incarnât dans trois films des années 50. Elle veut se montrer telle qu'elle est, une femme de 26 ans, loin des clichés à l'eau de rose de ce rôle qui lui collait encore à la peau.
Alors que son contrat interdit toute scène de nudité, Romy Schneider accepte d'être ligotée sur des rails de chemin de fer, dans une scène érotique et violente qui ne figure pourtant pas dans le scénario.
Retards en tous genres, cinéaste hyper exigeant, ambiance délétère sur le plateau, hospitalisation de Serge Reggiani..., le tournage de L'enfer, qui en était devenu littéralement un pour l'équipe sur place, sera interrompu au bout de trois semaines, suite à un infarctus de Clouzot. Il ne reprendra jamais. Seules subsistent ces images splendides que le documentaire "L'enfer de Henry-Georges Clouzot" et le livre "Romy dans l'enfer" vous invitent à découvrir sur papier et grand écran. Un sublime hommage à l'actrice disparue en 1982.