Portrait de groupe avec dame
Les interviews
Romy Schneider
(dans le rôle de Leni) *
Ce rôle de Leni tenait pour moi une place très importante. Ne serait-ce que parce qu'elle était allemande. Mais surtout, parce que j'ai fait la connaissance d' Heinrich Böll. Un homme auprès de qui je me suis sentie à l'aise, dans une maison sans décor superflu. Tout juste une couronne de l'Avent. Il était là, paisible, installé à sa table, et je l'ai aimé tout de suite, dans cette atmosphère de très grande simplicité. Il a été très simple avec moi. Il m'a dit: les toilettes sont là Romy, à droite. Je crois qu'il m'aimait bien aussi.
Lorsque Heinrich Böll affirme que "les allemands n'ont toujours pas perdu la guerre et qu'ils n'ont pas accepté ce qu'il est convenu d 'appeler la défaite - consécutive à l'effondrement général - où qu'ils ne la considèrent pas comme une chance ...", ces assertions m'apportent une aide substantielle dans ma composition du rôle de Leni.
Böll est mon unique force.
Leni est bonne.
J'ai assez de force pour réussir à me concentrer, même au milieu du plus effroyable tapage. Je suis capable de m'isoler au point de ne plu voir que Leni. Au demeurant, je suis parfaitement capable de juger à quel moment je suis bonne ou moyenne. Et quand je me trouve mauvaise, je recommence, même s'il faut le refaire 150 fois de suite.
Leni est un personnage qui m'est très proche, je m'identifie fort bien avec ce rôle et j'éprouve pour Böll une immense sympathie. Cela tient à la façon dont il dépeint cette innocence effrontée et la manière selon laquelle Leni va être initiée à l'amour dans l'enfer de la défaite. Leni est très allemande. Elle ne compte que sur elle même et c'est une attitude que je reprends volontiers à mon compte. Vouloir être bonne, dure, précise, sont des qualités à partir desquelles il n'est guère facile de se faire une place dans la vie.
Ma mère qui, en 1945, luttait, comme n'importe quelle autre mère, pour survivre et préserver la vie de ses enfants, n'a jamais eu le temps de nous éclairer sur ce qu'étaient la guerre et la paix. Ainsi, ai-je grandi à Cologne, dans une ville que Böll a connu écrasée, en ruines, auprès d'un beau-père qui faisait jaillir du sol un hôtel après l'autre. Je vivais dans un monde glacé, figé, qui ne m'offrait ni perspectives, ni refuge. Un monde qui m'a rendu combative afin d'échapper à la contemplation inerte. Quand Heinrich Böll affirme que les français, les anglais, les italiens, s'entendent un peu à vivre, je m'explique mieux pour quelle raison, moi allemande, je vis plu volontiers en France. Car dans le monde irréel des vedettes et des gens du spectacle, on réussit dans le meilleur des cas à survivre, mais pas à vivre.
Pour que j'accepte un rôle, plusieurs conditions doivent être remplies. Mes critères habituels sont: le metteur en scène, le rôle proprement dit, l'intrigue. Dans "Portrait de Groupe", tout collait parfaitement. Comme Leni, j'avais vécu 15 dures années. Comme elle, j'opposais aux coups du sort une vitalité et une capacité de résistance inhabituelles, et Aleksander Petrovic avai déjà réalisé d'excellents films. Lorsque j'arrivai à Berlin pour commencer le tournage, on commença par me demander quelle était ma marque de cigarettes préférées et quel whisky je buvais... En pareilles occasions, je me vois confrontée à une image qu'aucun effort ne parviendra à détruire.
* (source: livre Romy Schneider images de ma vie, de Renate Seydel)